Avis d’un professeur et réponse de l’auteur : « Mélusine et les yaourts de la mort» Texte et illustrations de Yann AUTRET

6 janvier 2020

PROFESSEUR : « Je suis professeur des écoles et je commande régulièrement des livres de votre catalogue, en série pour les travailler en classe, ou en petites quantités pour les offrir aux élèves en fin de période. Certains sont pour moi des incontournables : « Mon loup », « La révolte des animaux », « Le petit prisonnier », « La fille aux yeux papillons »…

J’ai commandé une trentaine d’exemplaires de Mélusine et les yaourts de la mort après avoir lu le début prometteur et maintenant que je viens d’en achever la lecture je le regrette. 
Mélusine, ses enfants et leurs korrigans gardes du corps traversent la forêt du Glezmol pour aller faire des courses comme tous les mercredis. Ils rencontrent une menace différente à chaque chapitre et cela devient vite un peu répétitif, il y a affrontement et résolution, avec souvent les korrigans qui avalent le problème. 
Je suis d’autant plus gêné par le chapitre 7 où un mage endort les enfants avec des modes de conjugaisons aussi inusités qu’absurdes puis il s’en prend à l’héroïne et lui déclamant des vers de La chanson d’automne de Verlaine, comme si les deux choses étaient comparables, ce à quoi elle répond : « Tu me prends pour une cruche ? pour une dinde ? pour une midinette ? pour une lectrice de romain à l’eau de rose ? pour une fille ? » et plus loin  » Espèce de vieux pourri, sale puant cancrelat, tu me prends pour une blonde ? T’entends pas comme je gronde ? ». 
Cela me laisse plus que perplexe. Peut-être est-ce de la maladresse mais je me vois difficilement aborder avec ma classe un livre qui tient de tels propos au premier degré, à moins de passer de longs moments à en faire la critique. 
Apprécier un beau texte, c’est être « une fille » ? Quel est le soucis à être « une blonde » ? J’en suis au chapitre 9 et le livre me tombe un peu des mains… » Professeur CM1/CM2

REPONSE DE L’AUTEUR YANN AUTRET :

Fallait-il répondre ? Quand même, cette imputation de démagogie anti-intellectuelle a quelque chose d’infamant. En outre, m’en accuser, c’est en accuser l’éditeur (qui, non content d’avoir édité une première fois l’opuscule, a l’impudence de le rééditer !)

Allons-y, donc. Le livre est-il réussi ou raté ? Amusant ou ennuyeux ? Soudain, j’ai un doute. Mais ce dont je suis sûr, c’est que, non, il n’y a, dans les scènes rapportées, nulle moquerie anti-imparfait du subjonctif, nul mépris de la littérature et de ses héritages. Mais, AU CONTRAIRE, un éloge des enseignants ! Certes pas un éloge édifiant. Empruntant bien plutôt les voies détournées de la bouffonnerie, satire et parodie convoquant secrètement le souvenir reconnaissant de ces professeurs qui m’enseignèrent, envers et contre tout, ces conjugaisons prestigieuses et cette langue de haut parage. C’est cette résistance de notre époque à la transmission des savoirs (pour le dire trop rapidement) qui est raillée ici. Il en va de même, bien sûr, de l’allusion aux « blondes »… Ah, le grossier personnage qui piétine Verlaine « au premier degré » ! Que nenni ! Hommage fervent à Verlaine ! Gloire rendue à Verlaine ! Alors, maladresse ? Sans doute, puisque ces intentions ne sont pas apparues à ce lecteur… J’en sais néanmoins quelques autres qui n’ont pas fait ce contre-sens (et voilà que j’ai l’air de me défendre).

Pour autant, je veux bien croire que ce pastiche allant son chemin nez au vent n’est pas facile à utiliser en classe. Il s’agit plutôt d’une pochade, d’un petit livre de récréation et d’école buissonnière, destiné à des lecteurs déjà autonomes. Un ouvrage forcément marginal dans le catalogue de l’éditeur…

Bien. Mais, pour finir, il faut que ce lecteur critique le sache : je suis un peu navré que l’œuvrette l’ait tant déçu. Et, pour tout dire, ses remarques ont porté. Si je les réfute, j’y réfléchis (usage et mésusage de l’antiphrase ironique, s’adressant à de jeunes lecteurs, etc.)…

Voilà. Je voulais faire court et simple. J’ai fait bavard et sentencieux. C’est mon défaut. Merci de votre attention. Y.A.


Dans le catalogue :

Mélusine et les yaourts de la mort | Yann Autret | 9127

Texte et illustrations de Yann AUTRET Mille dangers guettent ceux qui traversent la terrifiante forêt de Glezmol. Nouvelle édition de "A l'assaut de la forêt interdite"  

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